1000 jeux/mois #1 | Submersion

1000 jeux par mois

Mille. C’est le nombre de jeux sorti en moyenne à chaque mois de l’année 2023. Un millier de jeux et ce uniquement sur la plateforme Steam, on ne compte donc pas les exclusivités des constructeurs de consoles ni évidemment tous les jeux sortis sur d’autres plateformes telles qu’Itch.io.

Des chiffres qui donnent le tournis

Ce chiffre à de quoi donner le tournis d’autant que si l’on remonte à 2004, l’année du lancement de la plateforme de vente hégémonique, seulement 72 jeux sont sortis cette année-là. En 2013, on s’alarmait déjà du nombre croissant de ventes annuelles alors que 573 jeux ont rejoint les étalages de Steam cette année-là et en 2022, le nombre de sorties s’est élevé à un peu plus de 10300 jeux soit presque 2000 de moins qu’en 2023, qui veut parier que 2024 va battre tous les records ?

Il y aurait beaucoup à dire sur ces chiffres qui dépassent l’entendement, mais ce qui est sûr, c’est que sur la trentaine de jeux sortis quotidiennement sur Steam, l’immense majorité passera totalement sous le radar de la majorité des joueurs et de la presse et tombera certainement dans l’oubli le plus total. Il y a fort à parier que parmis ces titres tous ne sont pas digne d’intérêt, Valve n’étant pas très regardant sur la qualité de ce qui sort sur leur magasin (la même remarque peut être faite à l’e-shop de la Switch, complètement pollué de jeux poubelle) mais il y a certainement dans le lot de véritables pépites qui ne demandent qu’à être découvertes.

C’est pour cette raison que de plus en plus d’organes de curation ont vu le jour ces dernières années, on peut citer le travail d’At0mium depuis son émission Marginal Gamer jusqu’au parrainage de son successeur spirituel : Wishlist chez Origami sans oublier l’immanquable chaîne youtube de Seldell ou encore la newsletter Manettes et Chouquettes pour les jeux français. Mais de la curation on en a jamais assez et il se trouve que passer des heures à chercher dans les tréfonds de Steam, itch.io et l’e-shop à la recherche de quelques perles rares fait partie de mes passions, alors allons-y. Je vous propose ce nouveau format sur Point’n Think pour partir à la découverte de jeux qui méritent l’attention de plus de joueuses et de joueurs. Et puisque j’aime faire les choses à ma façon, je vais regrouper mes trouvailles par thématiques.

Wishlist, l’émission  de curation d'Origami

Vous le savez, Point’n Think propose une newsletter en soutien au site (vous êtes tout.e.s abonné.e.s j’espère ?) et au mois d’avril, nous avons exploré le thème de l’eau dans le jeu vidéo. Ayant moi-même signé l’édito de la newsletter ainsi qu’un article sur Subnautica, un jeu qui m’obsède et dont vous allez retrouver des traces ici, j’ai décidé d’inaugurer ce nouveau format pour vous conseiller des jeux qui se passent dans un environnement sous-marin. Alors préparez vos bonbonnes d’oxygène et bouclez votre combinaison, on s’apprête à plonger.

Capsule - Adam Saltsman 2012

Pour commencer, abordons un titre obscur, un de ces jeux dont on ne peut découvrir l’existence qu’en cherchant bien sous la surface des recommandations Steam et autres articles sur des médias grand public, vous en aurez entendu parler ici. Il s’agit de Capsule, un jeu développé en 2014 par deux personnes, une courte expérience de survie à bord d’un sous-marin mais avec un twist intéressant. Dans un sous-marin vous devez le savoir, on à généralement pas de hublot, la pression des profondeurs les ferait éclater amenant ainsi l’équipage à une fin prématurée et peu recommandable. Pour se repérer et avoir une vague idée de ce qui entoure le submersible, on s’aide donc d’un sonar, un écran sur lequel se dessinent des points représentant les obstacles et autres créatures des profondeurs. Et c’est bien tout ce que Capsule nous donne à voir durant les 2 heures environs que dure cette plongée qui, plus le temps passe, plus elle nous fait ressentir une forme de claustrophobie propre aux fonds marins. Le fait de voir tout le jeu à travers un unique écran rend cette expérience minimaliste d’autant plus marquante qu’on n’a pas accès à de jolis graphismes ou à une quelconque direction artistique pour nous changer les idées. On reste les yeux rivés sur ce sonar à l’affût du moindre obstacle à éviter et lorsque l’un de ces points abstrait se met à bouger pour foncer sur le sous-marin, on se rend compte que quelques pixels peuvent aisément nous procurer des émotions fortes. 

Les pixels inquiétants de Capsule

J’ai découvert Capsule lors de l’interview d’un développeur qui, depuis, à connu un succès mérité pour son dernier jeu, Citizen Sleepers. A l’époque Gareth Damian Martin (dont vous pouvez retrouvez l’itw sur le site de PnT) parlait de Capsule comme d’une des principales influences pour son premier jeu : In Other Waters

Et lorsque l’on se penche un peu sur ce dernier, on comprend tout de suite le rapport entre les deux jeux. Tout comme Capsule, In Other Waters se passe intégralement dans des fonds marins, ceux d’une planète inconnue cette fois-ci, et tout comme Capsule, tout le jeu se passe sur un unique écran. Pas un écran de sonar, mais plutôt l’interface d’une intelligence artificielle que l’on incarne et qui va assister Ellery, une chercheuse qui a atterri sur cette planète afin de définir si cette dernière peut constituer un refuge pour l’humanité. Contrairement à son influence, In Other Waters est un jeu très coloré, l’interface fourmille de mécanismes très détaillés et tout autant satisfaisant à manipuler. Ces boutons et autres leviers vont nous permettre de contrôler à distance les déplacements d’Elery, mais également toutes les actions qu’elle nous demandera d’effectuer. On va donc l’aider à étudier les fonds marins de cette planète qui, on va vite le découvrir, abrite effectivement des formes de vies inconnues. Le jeu se démarque par son concept original, sa direction artistique magnifique (mention spéciale pour la BO) et surtout par sa narration. Gareth Damian Martins l’a prouvé avec Citizen Sleepers, il sait écrire des histoires passionnantes et si l’idée d’incarner l’IA de la combinaison de plongée d’une biologiste marine, seule sur une planète inconnue vous intrigue, laissez moi achever de vous convaincre en vous disant qu’on va très vite être amené à résoudre un mystère qui ne laisse pas sur sa faim.

Abzû - Giant Squid 2016

Que l’on s’intéresse de près à cette thématique ou non, il existe certains jeux sous-marins qui ont tant marqué leur public qu’ils ont su obtenir un statut culte. C’est le cas de Subnautica évidemment, le grand-maître des profondeurs, mais également, dans une moindre mesure, d’Abzû sorti en 2016. Ce jeu de plongée à l’ambiance très atmosphérique, presque éthérée était très attendu puisqu’il était présenté comme la suite spirituelle d’un titre non moins prestigieux, le légendaire Journey. Pourquoi vous parler d’un jeu aussi connu dans un article de curation me demanderez-vous peut-être ? Eh bien parce que, comme moi, beaucoup de gens ont sans doute été réticents à le lancer à cause de la réputation qui lui a été collée à sa sortie. Une déception, un maigre sous-Journey mais dans l’eau. Personnellement, j’avais lancé le jeu à sa sortie mais je n’avais effectivement pas accroché. Ce n’est que récemment, le 1er janvier 2024 pour être précis que j’ai décidé qu’Abzû serait peut-être le parfait jeu tranquille qu’il me fallait pour me remettre du réveillon. 

Et il a été beaucoup plus que ça. Pris sous le prisme d’un successeur à Journey je peux comprendre qu’on ait pu être déçu bien qu’il ne soit jamais très malin de se contenter d’une comparaison avec une œuvre pour en juger une autre. Mais Abzû a en réalité, beaucoup à offrir si on le considère en tant que tel, pas comme le supposé successeur d’un jeu à l’aura de toute façon trop importante pour son propre bien. Abzû propose donc une plongée dans un océan aux allures familières mais dont on ignore s’il se situe bien sur notre planète Terre. Pourtant, les eaux sont bien peuplées de créatures marines dont on connaît l’existence, on peut même interagir avec, apprendre le nom des différentes espèces et nager aux côtés de dauphins, baleines et autres bancs de poissons. On incarne cet humanoïde à la combinaison jaune accompagné de drones futuristes, on va faire la découverte de ruines de civilisations inconues et même de menaces tout droit sorti d’une aventure de SF. Abzû se passerait sur une autre planète ? Dans le futur ? Est-ce bien important ? Certainement pas, ce qui compte c’est de profiter de la plongée, des élans soudains du courant et de la compagnie de cette faune et cette flore si majestueuse. Et oui, on ne va pas le nier, Journey est passé par là. Le fait qu’une partie de l’équipe du studio ait participé au développement des deux jeux n’y est pas étranger, mais je trouve personnellement que les emprunts, parfois maladroits, n’entravent certainement pas le plaisir relaxant de cette courte aventure. 

Une plongée merveilleuse

Abzû a donc bien des points en commun avec Journey, mais saviez-vous que Thatgamecompany, le studio qui a mis au monde Journey à également développé un jeu qui se passe sous l’océan ? N’ayant pas eu la chance d’y jouer, je laisse la plume à Hauntya pour qu’elle nous dise quelques mots sur ce jeu.

“FlOw est un jeu qui ne cache pas son âge, étant donné qu’il est sorti en 2006, à l’origine sur PC, avant d’être développé sur d’autres plateformes au fil des années. Aujourd’hui, sur le Playstation Store, il fait partie de l’édition collector de Journey, premier opus de Thatgamecompany avant Flower et Journey. FlOw est LE jeu qui a permis de théoriser le “flow” vidéoludique que l’on peut ressentir en jouant à un titre, un concept créé par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi dans les années 50. Le flow, c’est quand on se sent serein et totalement absorbé dans un jeu, en ayant un contrôle sur ce que l’on fait tout en perdant un peu conscience du temps. Un état mental flottant, apaisant… On ne peut plus à propos puisque FlOw nous fait incarner une sorte de micro-organisme des profondeurs marines. Le but est de dévorer petit à petit d’autres organismes plus grands et complexes, symbolisés par des formes géométriques à la fois abstraites et organiques : une sorte de méduse, de mini-serpent/ver, une fleur, un petit poisson… Difficile de savoir ce qu’on est dans FlOw, à part un micro-organisme qui cherche sa place dans le microcosme marin. Mais cette quête n’entraîne jamais de game over. Elle nous invite surtout à flotter dans la noirceur apaisante de l’océan, avec des bruitages toujours très tranquilles et très doux. Au bout de quelques minutes, le jeu n’est pas sans rappeler l’état de conscience apaisée lorsqu’on se baigne en mer, avec seulement autour de nous le contact de l’eau et la conscience du moment présent. On se laisse prendre au charme reposant du jeu, sans aucune thalassophobie comme dans Subnautica ou d’autres ; on suit simplement le courant de l’océan et d’une micro-vie qui évoque un écosystème tout entier, où chaque organisme est relié aux autres.”

FlOw - Thatgamecompany - 2006

Je remercie infiniment Hauntya pour ce paragraphe qui m’a donné encore plus envie de me plonger dans FlOw, on aimerait tous avoir le temps de jouer à tous les jeux, mais le temps n’est malheureusement pas infini. Le but de cet article est entre autres de vous accompagner dans l’arrangement de votre wishlist.

Puisque l’on parlait de jeux relaxants, qui misent sur l’ambiance avant tout, laissez-moi donc vous proposer de jeter un œil à Koral. Il s’agit de l’œuvre de Carlos Coronado, un développeur solo qui est d’ordinaire plutôt habitué aux expériences horrifiques. Dans Koral, on n’est pas exactement sûr de ce que l’on incarne. Une vague sous-marine ? Une onde ? Un remous ? Là n’est pas vraiment l’important, puisque nous allons être spectateur plus qu’autre chose dans cette courte expérience. Les tableaux aux couleurs riches, composés en une 3D de plutôt bonne facture représentent donc les fonds marins qui, comme le nom du jeu pouvait le laisser deviner, sont couverts de coraux. L’aventure va nous pousser à explorer ce vaste univers de gauche à droite, si on peut admirer la profondeur de ces panoramas, les déplacements sont limités à deux dimensions. Il va falloir régulièrement résoudre de petits puzzles environnementaux pour continuer à avancer, mais ceux-ci ne constituent pas de réels obstacles, on sent que leur présence a davantage pour fonction de maintenir l’attention de la personne qui tient la manette. Car oui, Koral est une expérience relaxante et plutôt jolie à regarder, mais son propos se veut plus angoissant. Par l’intermédiaire de courtes capsules de texte disséminées au travers des niveaux qui nous font découvrir toujours plus d’environnements sous-marins, on va apprendre à connaître les coraux qui peuplent nos océans et surtout, on va être sensibilisé à la problématique que constitue leur destruction. Ce n’est un secret pour personne, les fonds marins, comme à peu près tout ce qui touche à la nature de notre planète, sont en danger. On n’apprend en réalité pas grand-chose de nouveau et en cela, on pourra trouver la démarche presque vaine mais je trouve l’approche maline. Le jeu se parcourt avec plaisir et les capsules de texte sont juste assez courtes et bien écrites pour venir toucher notre sensibilité. Une bien belle curiosité.

Koral - Carlos Coronado  2019

Avant de plonger dans des eaux plus troubles, je ne résiste pas à la tentation de vous parler de jeux se déroulant dans un contexte davantage familier. Lorsque l’on pense à des jeux vidéo dont l’action se déroule dans les profondeurs des océans, on a tendance à rapidement se tourner vers un imaginaire proche de la science-fiction ou à minima d’environnements à l’aspect irréaliste. On a pu le vérifier avec la plupart des jeux cités plus haut et on n’a pas fini de nager dans des eaux fantasmagoriques. Est-ce que ce n’est pas étrange d’ailleurs d’associer fonds marins à une certaine vision de l’imaginaire alors qu’il suffit de regarder un documentaire sur les océans pour s’apercevoir que ces derniers se suffisent largement à eux-mêmes. Pourquoi situer l’action d’un jeu dans les abysses d’une planète imaginaire alors que les profondeurs de la planète Terre font déjà parfaitement office de décor aussi merveilleusement inconnus que potentiellement terrifiants. Certains studios se sont emparés de ce postulat pour proposer des aventures se situant dans les eaux plus ou moins profondes de nos océans terriens. 

C’est le cas de Beyond Blue, un jeu sorti en 2020 qui nous propose d’incarner une plongeuse engagée par OceanX pour partir documenter ce qui se passe sous la surface de l’océan. OceanX est une société qui existe réellement et dont l’activité consiste à faire des recherches sur les fonds marins, si vous avez vu ne serait-ce qu’un documentaire sur les océans vous avez certainement déjà entendu parler de quelques-unes de leurs découvertes, ce sont eux qui, par exemple, ont filmé pour la 1ère fois un calamar géant. En plus de leurs recherches sous-marines, OceanX exerce également une activité médiatique pour sensibiliser le grand public aux enjeux de la vie aquatique. Après avoir travaillé étroitement avec la BBC notamment pour plusieurs documentaires, la compagnie s’est associée au studio E-Line Media pour donner naissance à Beyond Blue, le fameux jeu qui nous intéresse. On y incarne ce qu’on pourrait qualifier d’influenceuse des océans pour nous faire découvrir toutes les espèces sous-marines qui peuplent notre planète. Le scénario nous invite à nous déplacer librement dans des zones ouvertes assez grandes pour y scanner toutes formes de vie. Nos sessions de nage sont retransmises en direct puisque, je ne plaisantais pas en parlant d’influenceuse, dans Beyond Blue, on plonge pour streamer nos découvertes, Inoxtag fait de la grimpe, nous, on fait de la plongée. En réalité, ce scénario dans lequel on tente de suivre une famille de cachalots n’est qu’un prétexte pour nous faire plonger toujours plus profondément et les passages narratifs qui entrecoupent les missions lorsque l’on retourne à notre sous-marin ne sont pas très intéressants. Ce qui l’est beaucoup plus en revanche, ce sont toutes les petites capsules vidéo que l’on débloque au fil de nos découvertes ainsi que les informations détaillées sur toutes les espèces que l’on aura scanné. Beyond Blue propose une chouette expérience de jeu qui se laisse parcourir agréablement pendant les 2-3 heures qu’il dure. Sa portée éducative est soulignée par une réalisation impeccable, on peut parler d’une reconstitution photoréaliste des océans et si le gameplay reste à désirer, on pourra se consoler en se disant que ce n’est pas vraiment pour ça qu’on venait à la base.

Beyond Blue - E-line Media 2020

Dans une liste de curation de jeux vidéo, on s’attend à découvrir des perles cachées, à être surpris par d’étonnantes propositions venant tout droit d’horizons inconnus, j’espère d’ailleurs que les quelques jeux cités plus haut auront su avoir cet effet sur certains d’entre vous. En revanche, dans une telle liste, on s’attend beaucoup moins à tomber sur un titre publié par l’un des constructeurs majeurs de l’industrie. Pourtant, Endless Ocean Luminous à tout d’une curiosité rare, alors même qu’il a été annoncé… Lors du Nintendo Direct Partner de février 2024. La firme de Kyoto avait déjà publié Endless Ocean 1 et 2, sortis sur Wii et développés par le studio Arika, tout comme ce troisième épisode qui est sorti en mai 2024. Loin des aventures colorées riches en gameplay innovants et en personnages extravagants des jeux auxquels nous a habitués Nintendo, Endless Ocean propose une expérience entre simulation et jeu éducatif finalement assez proche de Beyond Blue. On y incarne également un plongeur qui part explorer la mer Voilée (n’en déplaise à Zemmour), une partie de l’océan Pacifique Nord inventée pour l’occasion. Tout comme dans Beyond Blue, l’activité principale consiste à scanner toute forme de vie pour remplir une encyclopédie qui contient des informations plus ou moins détaillées pour chaque espèce de poissons, méduses et autres crustacés. Nintendo oblige, on va aussi avoir droit à quelques fantaisies comme la découverte de trésors cachés qui nous octroient des points échangeables contre de nouvelles couleurs et autres stickers à arborer sur notre combinaison. Parce que oui, nous sommes en 2024 et le jeu s’est doté d’un mode multijoueur pour des plongées en groupe jusqu’à 30 participants qui pourront communiquer de manière non-verbale, par exemple pour indiquer l’emplacement de tel poisson rare ou d’un éventuel trésor. Comme pour Beyond Blue, le gameplay ne fait pas partie des points fort du jeu, l’intérêt se trouve plutôt dans une forme de collectionnite proche du remplissage de Pokédex mais à base d’espèces bien existantes, à l’exception de quelques fantaisies et d’un genre d’équivalent de poissons ‘Shiny’. Malgré le fait qu’il s’agisse bien d’un titre absolument unique, difficile de conseiller ce jeu qu’on pourrait presque plutôt qualifier d’expérimentation vidéoludique. Un titre certainement pas inintéressant, mais au prix habituel des exclus Nintendo qui sera sans doute rédhibitoire pour beaucoup de joueurs et de joueuses. Une vraie curiosité néanmoins.

Endless Ocean Luminous - Nintendo 2024

Apparemment, on peut donc trouver des pépites cachées jusque chez Nintendo alors imaginez un peu qu’un autre acteur majeur de l’industrie du jeu vidéo japonais ait aussi sorti un tel titre. Imaginez si Capcom avait développé un Metroidvania sous-marin passé totalement inaperçu. Ce jeu existe bel et bien, il s’appelle Shinsekai: Into the Depths et il n’a pas volé sa place dans cette liste. Développé à la base comme une exclusivité Apple Arcade (oui), Shinsekai m’avait tapé dans l’œil lors d’un Nintendo Direct pendant les premières années de la Switch mais je n’en avais plus entendu parler jusqu’à le trouver en soldes sur l’e-shop, et croyez-moi, je ne regrette pas cet achat sur un coup de tête. Une fois n’est pas coutume, on y incarne un plongeur dans un océan qui, une nouvelle fois, ressemble un peu aux nôtres, mais pas tout à fait. 

Shinsekai: Into the Depths - Capcom 2019

On sait simplement que la surface est aujourd’hui entièrement couverte de glace et qu’on est apparemment le dernier survivant de notre espèce. La glace en question semble prendre du terrain et nous pousse donc en début de jeu à quitter le confort relatif de ce qui semble être la maison de fortune de notre scaphandrier au look néo-rétro. L’aventure va donc consister à plonger toujours plus profond pour fuir cette nouvelle ère glaciaire, et qui dit profondeur, dit pression. L’enjeu va donc être de trouver les éléments nécessaires pour améliorer notre combinaison afin de survivre à la pression toujours plus forte des profondeurs. Un second élément à prendre en compte et non des moindres est bien évidemment l’oxygène, on va régulièrement trouver de quoi remplir nos précieuses bonbonnes voire même en augmenter la capacité. Capcom oblige, on est ici dans un jeu qui peut se revendiquer de l’école du Gameplay, ainsi l’oxygène ne nous permet pas uniquement de respirer mais également de propulser notre avatar à la manière d’une sorte de jet pack sous-marin. En parlant de sous-marin, on va bel et bien découvrir assez rapidement un véhicule nous permettant d’alterner les modes de déplacement à l’environnement. Je vais rester volontairement assez flou sur le reste des éléments qui composent Shinsekai, un jeu remarquablement singulier à la direction artistique époustouflante qui nous embarque pendant une dizaine d’heures dans un tourbillon hypnotique. Une vraie pépite.

Cette liste de jeux nous aura fait plonger toujours plus profondément, nous rapprochant des sombres abysses d’océans plus ou moins familiers mais toujours fascinants. Alors que nous nous apprêtons à toucher le fond, là où les rayons du soleil ont depuis longtemps abandonné leur route, il est enfin temps de nous pencher sur la part sombre des jeux sous-marins. 

Silt - Spiral Circus Games 2022

Pour commencer, quoi de mieux qu’un jeu en noir et blanc ? Sorti en 2022, Silt nous plonge dans une aventure muette que l’on pourrait décrire comme un descendant de Limbo sous-marin. Un protagoniste muet (encore un plongeur qui l’eût cru ?), un style visuel en 2D aussi enfantin que dérangeant et une suite de tableaux à franchir en se creusant les méninges pour ne pas finir en victime des très nombreux dangers de ce monde aquatique cauchemardesque. En termes de direction artistique, Silt est une merveille de chaque instant, les arrière-plans laissent découvrir une profondeur angoissante alors que les différents éléments du décor, découpés comme des ombres chinoises dessinent les contours de larges couloirs inconnus. Dommage qu’il soit parfois difficile de différencier l’arrière-plan du décor ce qui peut entraver et ralentir la nage de notre avatar déjà pas très rapide. L’aventure va nous pousser à explorer ces tableaux et à y résoudre les quelques énigmes qui nous barrent la route. Pour ce faire, notre scaphandrier possède un atout de taille : la capacité de posséder toutes les créatures de ces abysses oniriques. Du plus petit poisson entouré de son banc de congénères au barracuda, en passant par une anguille, chaque créature apporte une potentielle solution aux puzzles environnementaux que l’on pourra résoudre en jouant avec les différentes tailles, vitesses de nage ou autres capacités propres à chaque espèce. Malgré sa patte visuelle fantastique qui constitue son principal atout, Silt peut être frustrant par un manque de clarté, un gameplay pas toujours bien réglé et quelques énigmes tirées par les cheveux. Est-ce que ça doit vous empêcher d’y jeter un œil ? Certainement pas. Il s’agit d’un petit jeu que l’on peut boucler en environ 3 heures, que l’on trouve souvent en soldes alors que son prix de base n’est déjà pas très élevé. Une belle curiosité, imparfaite mais très charmante.

Abyss of Neptune - Abyssmal Games 2021

En parlant de curiosités imparfaites, j’en ai deux à vous proposer avant le grand final de cette plongée en apnée. Le premier est sans doute le plus cassé, il s’agit d’Abyss of Neptune, un survival-horror dans lequel on incarne, devinez quoi dans l’exploration de l’épave du Neptune, un navire qui a coulé avec ses secrets les plus sombres. On va parcourir les couloirs inondés de ce lointain cousin du Titanic pour y chercher le moyen d’ouvrir toujours plus de portes ou d’activer une source d’énergie supplémentaire tout en prenant bien soin d’éviter de rencontrer la créature cauchemardesque qui hante le navire. Le système de jeu d’Abyss of Neptune est vu et revu, sa DA pas très originale et on ne peut pas dire qu’il brille par sa technique, et pourtant j’ai décidé de le faire figurer dans cette liste pour plusieurs raisons. La première et non des moindres : il s’agit d’un jeu gratuit, le fruit d’un développeur solo qui, certainement conscient qu’il n’a pas accouché d’un chef d’œuvre, à tout de même souhaité partager son jeu et c’est tout à son honneur. De plus, le jeu ne dure que 2 heures environ. Ensuite, malgré tous ses défauts, le jeu n’en reste pas moins tout à fait jouable et, si tant est que vous cherchiez une expérience horrifique en milieu sous-marin, Abyss of Neptune remplit le contrat de manière tout à fait honnête. Enfin, et c’est peut-être la raison la plus personnelle qui me pousse à vous conseiller d’y jeter un coup d’œil, je trouve fascinant de mettre la main sur des jeux un peu cassés, pas bien finis, des œuvres dont on voit les coutures, mais qui transpirent la passion de leur auteurices. Abyss of Neptune est de ceux-là.

Debris - Moonray Studios 2017

Dans un genre un peu similaire mais avec tout de même, un peu plus de budget, laissez-moi vous parler de Débris, sorti en 2017 et développé par Moonray studio et oui, on va encore y incarner un plongeur. Cette fois, l’action se déroule sous la banquise alors que notre groupe de scientifiques à la recherche d’une météorite tombée dans les environs se retrouve séparé suite à ce qui semble être une secousse sismique. On va se retrouver seul, avec pour seul compagnon un drone en forme de calamar qui va nous aider à trouver notre chemin vers la surface dans les couloirs sombres de ces abysses glacials. On sera également en contact radio avec les autres membres de l’équipe pour des dialogues faisant avancer une histoire sur fond de vilaines méga-corporations au fil de notre parcours. Bien que l’aventure semble se dérouler sur notre planète Terre, les fonds marins et les espèces qui les habitent ne ressemble pas tout à fait à ce à quoi nous ont habitués les différents documentaires que j’ai pu voir, encore une fois, on se demande pourquoi mettre en scène des lieux et créatures imaginaires alors que nos abysses regorgent de poissons qui ressemblent plus à des Aliens que tout ce que la filmographie de James Cameron a pu nous proposer. Débris tente beaucoup (trop ?) de choses que ce soit en termes de DA ou de gameplay mais les différentes pièces qui constituent le jeu ne parviennent que rarement à s’assembler de manière cohérente. Il s’agit bien d’un jeu d’horreur psychologique qui est d’ailleurs plutôt bien écrit et interprété mais ses défauts techniques et son apparence qui frôle souvent le ridicule font qu’on peine à le prendre au sérieux. Pourtant, malgré ses innombrables défauts, je ne peux m’empêcher de trouver Débris attachant. Une fois de plus, si vous cherchez un jeu capable de vous procurer le frisson des abysses et que vous êtes prêts à donner sa chance à un titre hautement imparfait, alors je peux vous encourager à jeter un œil à Débris, un jeu pas trop cher qui se plie en environ 3 heures et qui se paye même le luxe de surprendre sur sa fin avec un twist.

Cette plongée touche à sa fin et il ne nous reste plus qu’un seul jeu à découvrir alors que nous posons pied sur le sol sous-marin des abysses. Nous avons touché le fond et face à nous se dessinent les contours déformés d’un lourd scaphandre. Celui que l’on va être amené à porter dans Narcosis. Sorti en 2017 et dirigé par Quentin de Beukelaer, également aux manettes de Decarnation, Narcosis se déroule au plus profond du Pacifique, dans ce qu’il reste d’une base de recherche victime d’un accident et aujourd’hui à l’agonie. Nous incarnons donc un membre de cette équipe de scientifiques à la recherche d’éventuels survivants et si possible d’un moyen de remonter à la surface en vie. Le seul moyen de survivre à la pression inimaginable du fin fond de l’océan consiste à se déplacer à bord d’un scaphandre dont la masse est très bien retranscrite en jeu. On ressent le poids et la taille de l’engin à chaque pas lent de notre avatar et on ne pourra s’aider que d’un faible boost pour espérer avancer un peu plus vite ou traverser certains obstacles. Le fond de l’océan n’est pas inhabité et il faudra veiller à ne pas attirer l’attention des araignées des mers, ces gigantesques crabes aux longues pattes acérées ou à d’autres créatures telles que des poulpes agressifs. On ne disposera pas d’autre arme qu’un simple couteau et quelques fusées lumineuses indispensables pour éclairer notre chemin et peut-être faire fuir certaines espèces. Mais en dehors de la faune sous-marine et des cadavres de plus en plus nombreux de ceux qui furent nos collègues, il est possible que nous fassions une rencontre encore plus étrange et effrayante. Pour découvrir quels fantômes hantent les zones les plus profondes de nos océans, il faudra prendre votre courage à deux mains et vous lancer dans Narcosis, un jeu pas toujours parfait, mais un excellent exemple de titre qui sait ce qu’il veut. Le gameplay n’est pas toujours très heureux et on pestera quelques fois devant des points de sauvegarde trop éloignés les uns des autres mais on pardonne tout à Narcosis tant il parvient à nous emmener avec lui au plus profond de sa sombre plongée. Il vous faudra environ 3 heures pour connaître le fin mot de cette histoire et croyez-moi ça en vaut la peine. 

Narcosis - Honor Code, Inc 2017

Les fonds marins sont une source inépuisable d’inspiration, d’Abyss, le chef d’œuvre de Cameron à Subnautica en passant par les écrits de Jules Verne, on n’a pas fini d’entendre parler d’histoires qui se passent sous la surface, que ce soit dans un lagon paradisiaque, entouré de coraux colorés ou alors au plus profonds des ténèbres peuplées de créatures lovecraftiennes. Il semblerait que le jeu vidéo soit un réceptacle parfait pour ce genre d’expériences qui font autant appel à un certain émerveillement pour la vie aquatique qu’à la thalassophobie et si de grands jeux en milieu sous-marins continueront de sortir, un troisième Subnautica est d’ailleurs en développement, il est toujours intéressant de sortir des sentiers battus et de partir à la recherche des curiosités qui se cachent loin des regards. J’espère que cette liste a rempli cet objectif et que vos Wishlist se sont agrandies. On se retrouve bientôt sur Point’n Think pour davantage de curiosités.

Source:

https://steamdb.info/stats/releases

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